Côte d'Or,  RDV Ancestral

RDV Ancestral – Uranie SULLY, enfant assisté de la Seine

Pour ce RDV Ancestral, j’ai choisi de rencontrer Uranie SULLY, mon arrière-arrière-grand-mère. Elle fera aussi l’objet de mon Challenge AZ à partir du 1er novembre.

Uranie est née le 21/02/1852 à Paris puis a vécu toute sa vie en Côte-d’Or. Elle n’a jamais connu ses parents biologiques mais j’aime penser qu’elle a eu une famille de substitution.

Contrairement aux textes des autres participants au RDV Ancestral, le mien n’est pas très romancé et se compose plutôt de flash-backs pendant lesquels on retrouve Uranie SULLY à différents moments de sa vie.

Décembre 1853

Le 13/12/1853, Uranie est admise à l’hospice des Enfants assistés de la Seine. Elle est âgée d’un an. Il m’est pour l’instant impossible de savoir avec qui elle a vécu sa première année. Peut-être avec sa mère, qui a déclaré sa naissance en 1852 ?

Toujours est-il que ce changement de situation ne dure pas puisque le 21/12, elle est envoyée en nourrice en Côte-d’Or. C’est un phénomène très fréquent et la région du Morvan a accueilli de nombreux orphelins de Paris (il existe même depuis 2016 un musée des nourrices du Morvan, situé à Alligny-en-Morvan). La petite fille d’un an fait donc le long trajet vers le Morvan avec une nourrice dénommée GOUJON. Le plus souvent, les nourrices envoyées à Paris par les agences régionales ramènent entre 2 et 4 nourrissons à la fois. Il est donc très probable que cette GOUJON n’ait été que la transporteuse d’Uranie.

Uranie emporte avec elle son certificat d’origine, établi par l’hospice des Enfants assistés pour chacun de ses pensionnaires. Il mentionne uniquement sa naissance dans le 12ème arrondissement et le nom de sa mère, Eugénie SULLY.

Extrait du certificat d’origine d’Uranie SULLY. Administration générale de l’Assistance publique de Paris


1866

En 1866, Uranie a 14 ans. Elle a passé toute son enfance à Saint-Martin-de-la-Mer, où elle a été mise en nourrice chez Jean BOTTARD et Pierrette BILLARD, un couple sans enfant. Elle était donc déjà sevrée à son arrivée en Côte-d’Or, à moins qu’elle n’ait d’abord été placée chez une nourrice intermédiaire.

Depuis 5 ans au moins, Pierrette BILLARD et Jean BOTTARD sont séparés. Jean est reparti à Précy-sous-Thil d’où il est originaire, où il réside avec son frère François. Pierrette et Uranie ont habité ensemble pendant toute l’enfance d’Uranie.

Mais à partir de son adolescence, Uranie est placée comme domestique dans plusieurs familles de Saint-Martin-de-la-Mer et des alentours. C’est une pratique très courante dans les familles et on peut imaginer que c’était d’autant plus nécessaire pour Pierrette BILLARD, qui vivait seule avec sa fille adoptive. Par ailleurs, depuis les 13 ans d’Uranie, Pierrette ne recevait plus de pension pour s’occuper d’elle.

Uranie se forme donc aux usages domestiques dans au moins deux familles rurales : celle de Jean GUILLOT, propriétaire à Mâcon (Saint-Martin-de-la-Mer), et celle de Philippe SAUNIER, rentier à Saulieu.

Décembre 1875

En décembre 1875, Uranie a 23 ans. Le 12/12, elle effectue une demande de rétablissement de son acte de naissance à l’état civil de Paris, suite à la loi de 1872. En effet, une grande partie de l’état civil de Paris antérieur à 1860 a été détruite pendant la Commune de 1871. De nombreux bâtiments parisiens ont brûlé, dont l’hôtel de ville et le palais de justice qui renfermaient les registres d’état civil. Cette loi permettra de reconstituer environ 3 millions d’actes sur les 8 millions détruits, dont l’acte de naissance d’Uranie.

Cette demande ne lui sert qu’à obtenir un acte d’état civil reconstitué. Elle n’apprend rien d’autre sur sa mère, Eugénie SULLY. Elle ne sait donc pas non plus que celle-ci a certainement eu au moins une autre fille, Marie, née en 1850 et placée à l’hospice des Enfants assistés de la Seine en 1851. Cette sœur a elle aussi été envoyée en nourrice mais dans l’Eure-et-Loir, où elle est décédée après seulement quelques mois le 27/05/1851. Si l’hospice avait cherché à obtenir des renseignements sur les enfants (ce qui n’était pas la politique de l’époque), elle aurait peut-être envoyé les deux sœurs dans une même famille et Uranie aurait ainsi entendu parler de sa sœur aînée.

Si Uranie fait cette démarche à ce moment-là, c’est parce qu’elle est fiancée à Jean RONSIN, âgé de 25 ans. Il fait partie de son entourage familial puisqu’il est un neveu de Pierrette BILLARD. Uranie a donc côtoyé la famille de sa nourrice et j’aime penser qu’elle en a été considérée comme un membre à part entière.

Jean RONSIN a grandi à Mâcon, non loin de chez Pierrette BILLARD. Il a aussi été placé dans plusieurs familles agricoles comme domestique, notamment chez son oncle Lazare RONSIN à Saint-Martin-de-la-Mer.

Signatures de Jean RONSIN, Uranie SULLY et d’autres membres de leur famille à leur mariage, 11/01/1876, Saint-Martin-de-la-Mer. Archives départementales de Côte-d’Or.


Mars 1880

Uranie est âgée de 28 ans quand elle accouche de son deuxième enfant, Jean Georges, le 13/03/1880. Auparavant, elle a eu une première fille, Claudine (surnommée Jeanne), née le 19/10/1876 (soit 9 mois quasiment jour pour jour après son mariage). Il semble que Jean et Uranie contrôlent leurs naissances puisqu’ils n’auront pas d’autre enfant en 49 ans de mariage.

Jean et Uranie vivent à Mâcon où ils sont cultivateurs. Uranie aide certainement son époux aux travaux des champs et de leur maison. Ils sont certainement propriétaires, non pas forcément des terres qu’ils exploitent mais au moins de quelques animaux et/ou d’un train de labour.

1906

En 1906, Uranie a 53 ans. Jean et Uranie ont tous les deux perdu leurs parents. La mère de Jean, Jeanne BILLARD (la sœur de Pierrette), était déjà décédée avant leur mariage, mais il a aussi enterré son père Dominique RONSIN en 1884. La mère adoptive d’Uranie, Pierrette, est décédée en 1887.

Ils ont également assisté en 1899 au mariage de leur fille Claudine (ou Jeanne) avec Claude LÉPÉE, lui aussi issu d’une famille de cultivateurs de Saint-Martin-de-la-Mer. En 1906, leur fils Jean Georges, 26 ans, réside toujours avec eux à Mâcon.

Perpétuant la tradition familiale et du Morvan, Jean et Uranie ont accueilli plusieurs enfants chez eux, notamment Marcel DELAIRE, lui aussi issu de l’hospice des Enfants trouvés de Paris, qui habitera avec eux pendant plusieurs années. Ils accueillent aussi plusieurs membres de leur famille de façon plus provisoire :

  • Leurs neveu et nièce Jean Auguste et Eugénie Charlotte RONSIN, jumeaux de Lazare RONSIN, dont ils doivent d’ailleurs déclarer le décès après quelques jours seulement ;
  • Leur neveu Paul RONSIN, aussi fils de Lazare ;
  • Plus tard, ils accueilleront également leur petite-fille Alice LÉPÉE.

Cela me laisse donc penser qu’ils ont une situation assez confortable pour nourrir plusieurs autres personnes à titre probablement gracieux.

1918

À la fin de la Première guerre mondiale, Uranie a 66 ans. Son mari Jean n’a pas participé à la guerre, mais c’est le cas de son fils Jean Georges. Il a été mobilisé dans la Marne où il a été blessé à la paupière supérieure droite par un éclat d’obus en 1915. Il est ensuite retourné sur le front à partir de 1916.

Jean Georges en est revenu vivant, tout comme Claude LÉPÉE, le beau-fils d’Uranie, qui a pu retourner chez lui en novembre 1917 car il était déjà père de 6 enfants. Claudine et lui s’installent à Paris en août 1918, laissant leurs parents en Côte-d’Or.

Avril 1937

Uranie a 85 ans lors de son décès en avril 1937. Son avis de décès est publié le 14/04 dans le Progrès de la Côte-d’Or. Son époux Jean est décédé le 01/01/1925 à Mâcon, à l’âge de 74 ans. Elle aura donc vécu 49 ans avec lui puis 12 ans en tant que veuve.

Son fils Jean Georges est resté habiter à Mâcon avec sa femme et ses enfants. Uranie réside seule depuis le décès de Jean, mais elle reste entourée de sa famille proche (excepté sa fille Claudine qui est restée à Paris).                                                                                                


Avis de décès d’Uranie SULLY paru le 14/04/1937 dans le Progrès de la Côte-d’Or


Sources

Archives départementales de Côte-d’Or : actes d’état civil, registres matricules militaires, recensements de population

Archives de Paris : état civil reconstitué de Paris (fiches), répertoire d’admission des enfants assistés

FamilySearch : état civil reconstitué de Paris (actes)

Image principale : Pixabay

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