Alsace-Lorraine,  Nord-Pas-de-Calais

Les soldats de l’Ancien Régime – Pierre Joseph COCHON & Jean François GAUTIER

Pour ce nouvel article, j’ai décidé de m’intéresser aux soldats de l’Ancien Régime trouvés lors de mes recherches généalogiques. Il n’y en a que deux : Pierre Joseph COCHON, dans le Nord, mon ancêtre à la 7ème génération, et Jean François GAUTIER, dans les Vosges, dans la généalogie de ma belle-famille.

 

Pierre Joseph COCHON, le Beauceron

Parmi mes ancêtres, seul un individu a été soldat pendant l’Ancien Régime : Pierre Joseph COCHON, mon ancêtre à la 7ème génération, dont j’ai déjà parlé dans cet article.

Sous l’Ancien Régime, les soldats sont soit des militaires de carrière, appartenant à la noblesse, soit des volontaires enrôlés dans les villes par les capitaines. Pierre Joseph est originaire d’Eure-et-Loir et a probablement été enrôlé à Chartres.

J’ai découvert Pierre Joseph dans l’acte de naissance de son fils Fortuné Frédéric COCHON en 1805 à Rumegies (Nord). Il est alors marié avec Rosalie Joseph MILVILLE depuis le 02/05/1792. Mais leur premier fils, Louis Stanislas, naît le 11/01/1792, alors qu’ils ne sont pas encore mariés.

C’est dans l’acte de baptême de Louis Stanislas que l’on apprend que Pierre Joseph est soldat au 44ème Régiment d’Infanterie, qui est en garnison dans le Nord. À cette époque, la France révolutionnaire lutte contre la coalition européenne menée par l’Empire et la Prusse. Les frontières du Nord sont l’un des champs de bataille les plus importants de ce conflit.

Acte de baptême de Louis Stanislas COCHON, 19/01/1792, Rumegies. Archives départementales du Nord.

 

À la naissance de ses 4 autres enfants, entre 1794 et 1805, Pierre Joseph est dit ménager puis journalier. Un soldat devait obtenir l’autorisation de sa hiérarchie pour se marier, il est donc possible qu’il ait attendu d’avoir terminé ses obligations militaires pour se marier, en mai 1792. J’ai fait une demande sur le Fil d’Ariane afin d’obtenir son descriptif dans le contrôle des troupes du 44ème Régiment d’Infanterie (Service Historique de la Défense, cote 14 YC 62 à 14 YC 64). Ce document me permettra de connaître la date de son enrôlement, et peut-être la date précise de son congé absolu.

Toujours est-il que la situation reste très instable à Rumegies en 1792-1793, le village se situant à proximité des zones de conflit. Le 19/05/1792, il est envahi par environ 2000 soldats de l’armée impériale qui massacrent plusieurs villageois. Cet événement est relaté par le curé dans les registres paroissiaux mais aussi dans la presse nationale.

Gazette Nationale ou Le Moniteur Universel, n°146, Paris, 25/05/1792, p.2. Retronews.

 

Je me demande comment a réagi Pierre Joseph, ancien soldat de l’armée révolutionnaire et nouveau père de famille à Rumegies, face à cette invasion et à ce massacre. Je n’ai trouvé aucun document (à distance) qui me permette d’en savoir davantage.

Il décède en 1836 à l’âge de 76 ans, peu de temps après sa femme décédée en 1835.

 

Jean François GAUTIER, le Normand

Jean François GAUTIER se retrouve dans la généalogie de ma belle-famille. Il est le père de Marie Anne GAUTIER, baptisée le 21/03/1763 à Damas-aux-Bois (Vosges). Il a épousé Catherine LAMY le 25/06/1754.

C’est sur son acte de mariage que l’on apprend qu’il a fait partie du Régiment Mestre de Camp général des Dragons. Il a d’ailleurs donné son congé absolu le 20/09/1753. On y apprend aussi qu’il est originaire d’Argentan, en Basse-Normandie.

Extrait de l’acte de mariage de Jean François GAUTIER et de Catherine LAMY, 25/06/1754, Damas-aux-Bois. Archives départementales des Vosges.

 

Grâce au contrôle des troupes du régiment Mestre de Camp (Service Historique de la Défense, cote 4 YC 63), nous savons qu’il appartenait plus spécifiquement à la compagnie Méniglaise et qu’il s’est engagé le 21/05/1743 pour 6 ans. Il a donc renouvelé son engagement vers 1749 avant de le stopper en 1753.

Extrait du contrôle des troupes du Régiment Mestre de Camp, 1716-1776. Service Historique de la Défense.

 

Jean François a probablement participé à la guerre de Succession d’Autriche (1740-1748), bien qu’il s’engage vers la fin du conflit. Son régiment participe à la campagne de Flandre entre 1744 et 1748, qui permet à l’armée française de récupérer les territoires belges et de marcher sur les Provinces-Unies.

Après la guerre, le régiment Mestre de Camp est régulièrement basé en Moselle et aux alentours. Entre 1748 et 1753, il se trouve successivement à Longwy, Sedan, Verdun, Charmes, Metz et Sarrelouis. Étant donné que sa future épouse est une fille de meunier, il me semble peu probable qu’elle ait beaucoup voyagé, y compris en Moselle. Je ne pense donc pas me tromper en affirmant que Jean François et Catherine ont dû se rencontrer en 1749, alors que le régiment était basé à Charmes, à seulement 14 km de Damas-aux-Bois. Catherine a alors 19 ans et Jean François 29 ans.

En donnant son congé en 1753, Jean François évite de participer à la guerre de Sept Ans (1756-1763). Il devient tailleur d’habits puis maître tailleur d’habits à Damas et a 10 enfants avec Catherine LAMY. Il décède en 1786 à 65 ans.

 

En conclusion

Si vous trouvez un ancêtre qui vient d’une région éloignée, sans raison apparente, n’oubliez pas l’éventualité qu’il puisse s’agir d’un soldat.
Dans ce cas, les contrôles des troupes du Service Historique de la Défense peuvent vous aider à en savoir plus sur leur enrôlement.

 

Sources

BABEAU Albert, La vie militaire sous l’Ancien Régime. II , Les soldats, Bibliothèque numérique patrimoniale, consulté le 25/02/2018

D’OLLONE Charles, Historique du 10ème Régiment de Dragons, Paris, Berger-Levrault & Cie, 1893, Gallica, consulté le 25/02/2018

Gazette Nationale ou Le Moniteur Universel, n°146, Paris, 25/05/1792, p.2, Retronews, consulté le 25/02/2018

« La guerre de Succession d’Autriche », Gallica, Les Essentiels Littérature, consulté le 25/02/2018

« La guerre de Sept Ans », Gallica, Les Essentiels Littérature, consulté le 25/02/2018

 

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Pixabay

6 commentaires

  • Sébastien

    J’aime beaucoup les surnoms donnés aux soldats de l’ancien régime. Ici Jean-François était dit « Sans chagrin ». Cela traduit sans doute un trait de caractère ?
    Merci en tout cas pour ton article !

    • Les Chroniques du Temps

      Oui, ce surnom m’a intriguée, il est plutôt agréable à porter. Sur la même page du contrôle des troupes, il y a aussi un Francoeur et un La Volonté ! Merci pour le commentaire. 😉

  • Briqueloup

    Elle est passionnante cette enquête pour suivre ces soldats.
    Heureusement que les renseignements figurent sur quelques actes d’état-civil car ils ne restent pas soldats toute leur vie.

    • Les Chroniques du Temps

      Merci beaucoup ! Oui, heureusement qu’on trouve quelques renseignements dispersés. Je me suis longtemps demandé ce qui avait amené mon ancêtre dans le Nord.

  • Philippe MEDINGER

    Bonjours

    J’ai un ancêtre direct qui sait engagé en 1774 dans le régiment Languedoc,puis ai passé au régiment Auxerrois

    en 1781,il a participé a la guerre d’indépendance Américaine de 1779 a 1783,il avait un Surnom de Guerre:

    « La Clef des Cœur »

    Lorsqu’ils changeaient de régiment,gardaient t’ils les mêmes « nom de guerre »?

    Merci de votre aide.

    Salutations.

    Philippe

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